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Laure Barachin est l'autrice de plusieurs romans dont "Les Enfants du mal", "Un été en terre catalane", "Le Chemin des Étoiles", "Le Rêve d'une vie meilleure" et "La jeune fille qui lisait dans les pensées".

Nino Haratischwili Le Chat, le Général et la Corneille

Nino Haratischwili est géorgienne. Elle est venue en Allemagne en 2003 pour étudier la mise en scène et la dramaturgie. Dans Le Chat, le Général et la Corneille, elle évoque, entre autres, la guerre en Tchétchénie et ses conséquences mais aussi la situation de la Géorgie et des Géorgiens, avant et après la fin de l’URSS, l’émigration de certains en Allemagne. 

Sa passion pour le théâtre apparaît dans l’intrigue de ce roman foisonnant que j’ai trouvé à la fois instructif, passionnant et bien écrit, bien traduit. Dès le début, j’ai été happée par l’écriture, par le personnage de Nura, jeune fille tchétchène dans un village de montagne, qui rêve de liberté. Nous sommes dans les année quatre-vingt-dix et la guerre entre la Tchétchénie, qui veut être indépendante, et la Russie, qui ne l’accepte pas, va bientôt débuter.

Malich, un jeune homme russe passionné de littérature, va devoir s’engager pour faire plaisir à sa mère et marcher sur les traces de son père, un héros décédé de la guerre d’Afghanistan.

Que va-t-il arriver à Malich et Nura ? Que vont-ils devenir ? Je devine qu’ils vont être les protagonistes d’une tragédie moderne, de notre époque. Comme au théâtre, entrent en scène d’autres personnages.     

Chat est le surnom de Sesili, une jeune femme d’origine géorgienne qui vit désormais à Berlin avec sa mère, sa grand-mère et sa sœur. Elle joue Ismène au théâtre et est hantée par un drame lié à la guerre et au traumatisme qu’a subi son père. Son angoisse existentielle, sa vie privée compliquée l’empêchent d’être vraiment heureuse. Alors qu’elle se fait beaucoup de soucis pour sa famille, c’est peut-être elle qui a le plus de mal à s’intégrer et être bien dans sa peau.

Jusqu’au jour où le Général, surnom d’Alexander Orlov, un oligarque russe, vient lui proposer de tourner dans une vidéo, de jouer le rôle de Nura dont elle est le sosie. Intriguée, elle finit par accepter. Alexander Orlov, père d’une jeune fille de dix-neuf ans, Ada, cache un lourd secret, qu’il partage avec les trois hommes auxquels les vidéos sont destinées. Ada est son trésor. Il a choisi son prénom en hommage au livre de Nabokov Ada ou l’ardeur, à l’époque où il n’était pas encore un oligarque, un mafieux mais un passionné de littérature. Comment sa vie a-t-elle basculé dans la corruption, le crime, la menace, l’intimidation pour accroître sa fortune et la conserver ?

De 1994 à 1996, la première guerre de Tchétchénie a fait des ravages et ruiné de nombreuses vies. Onno Bender, un journaliste d’investigation, est la Corneille, le porteur de mauvaises nouvelles, celui qui veut enquêter et révéler la vérité.

Mais comment réagir lorsqu’on découvre qu’un père aimé n’est pas celui qu’il prétend être ?

Ce roman est une tragédie qui se déroule sous les yeux du lecteur, l’écriture est belle, le souffle romanesque puissant. J’ai aimé l’intensité émotionnelle, dramatique, tragique de certaines scènes. Les personnages ne sont pas manichéens, l’analyse psychologique est bien faite. Avec finesse, sous la plume de Nino Haratischwili, se dessinent peu à peu les actes et les motivations de chacun, pourquoi ils en sont arrivés là, les conséquences de la guerre, comment elle pousse des jeunes hommes, dans des situations de stress intense, à devoir choisir entre le meurtre ou le suicide, qu’est-ce qui détermine ces choix, au-delà des notions classiques de bien et de mal, qui peuvent d’ailleurs cohabiter au sein d’une même personne.

Comme dans les grands romans russes que j’ai beaucoup aimés, il est question de crime et de châtiment mais ces notions sont réactualisées, vues à travers les conflits récents que l’Europe de l’Est et sa population ont subis.

Dans le final, la tension dramatique, qui va crescendo, m’a semblé plus appropriée pour une série en plusieurs saisons et m’a laissé un goût d’inachevé.

Malgré cette nuance concernant la fin, j’ai trouvé Le Chat, le Général et la Corneille passionnant. L’autrice a beaucoup de talent et c’est un coup de cœur pour moi qui aime les romans qui mêlent Histoire récente et vie contemporaine. C’est grâce aux chroniques de Chrystèle et Sandrine que je l’ai découvert et je les en remercie.😊   

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